04 mars 2008

Le Temps

Le temps. En ai-je peur ? Je ne saurais dire. Le temps me trouble. Le temps, l’heure, la minute, l’horloge, l’horaire, l’horreur. Le temps me tourmente. Tout est calculé, mesuré. La chute inéluctable vers le bas, le point de non retour, la fin. Pourquoi me tourmente-t-il tant cet impardonnable temps ? J’en ai trop, je n’en ai pas assez. J’en veux encore, je le vendrais bien. Mais je ne peux pas le vendre. Il n’existe pas. Je peux difficilement l’influencer. Il n’existe pas. Il régule toute ma vie. Le paradoxe temporel est donc une étrangeté inouïe. Je permets au néant, à l’irréel, l’immatériel de commander mon esprit, tout d’abord, et ensuite, mon corps. Qu’est-ce qui est pire ? L’esprit ou le corps. A 3 heures du matin, je peux réfléchir de cette manière. J’ai cours à 8h du matin, je peux soit, profiter de 4h de sommeil ou rester éveillé et affronter la journée de cours dans un état second. La première proposition semble, logiquement, la plus avantageuse. Qui dit sommeil, dit concentration, et par la suite maximisation du profit de la journée scolaire. Et c’est là, que le temps intervient. Car le temps sera fasciste quand la logique sera libertaire. Le temps sera de gauche quand le corps sera de droite et ainsi de suite. Le temps, dans sa représentation matérielle du radio-réveil, va vous faire écarter la logique, et réfléchir longuement. Comment ? Et bien, je pense que le temps c’est le scepticisme. Le temps est aussi l’insouciance (je développerais cette idée plus tard) mais il est aussi le stress, le pessimisme et le scepticisme. Le temps a cette vertu maléfique que d’être le plus paradoxal des… De quoi d’ailleurs ? Je dirais un « élément », le temps est un élément de la vie. Donc le temps est le plus paradoxal des éléments. Je hais tout ce qui est logique, je hais le temps qui est illogique par essence, et je trouve tout cela parfait.

Le temps et le scepticisme.

 

J’ai déjà éteint toutes les lumières, j’ai mis mon pyjama et je me suis posé sur mon lit. Après avoir regardé quelques photos sur mon ordinateur, la tête pleine de souvenirs, je tire le drap sur moi et m’allonge. A ce moment, je me trouve dans une situation qui est la suivante. Mon corps veut dormir, il est épuisé par une longue journée et le fait qu’il est très tard, disons il est 3h30. Mon esprit, épuisé lui aussi par l’épuisement de mon corps, et perdu dans les images fraîchement observées, aimerait bien sombrer dans le sommeil qui serait pour lui l’occasion de créer tout un univers fantasmagorique auquel il aspire. Le lit est tiède, j’ai bien mangé, je n’ai pas bu de café. Rien de plus facile que de se laisser aller vers l’univers des rêves. Cependant, je me retourne et jette un coup d’œil au radio-réveil. Le temps numérique (3h30) devrait m’inciter à une seule chose : dormir. C’est là que le temps immatériel devient le scepticisme. Le temps est un élément qui cherche à désorienter l’esprit. Toute la beauté de ce geste qui est de désorienter l’esprit, réside dans le fait que par la désorientation de l’esprit, celui-ci s’insurge. Il s’insurge contre le corps. Le corps veut dormir. L’esprit le prie d’attendre. A ce moment, l’esprit doute. L’esprit se demande si le temps sera suffisant pour se coucher et se réveiller. Ne vaut-il pas mieux rester éveillé jusqu’à l’heure du cours ? dit-il au corps. Après tout, on doit se réveiller à 7h30. Le corps discute, il se lasse, il veut dormir. Là, commence le conflit entre le corps et l’esprit. Vous savez, quand vous êtes dans votre lit à cette heure tardive, ça sera souvent l’esprit qui tendra à gagner, car intérieurement, si le temps est venu vous faire douter de vous-même, c’est qu’implicitement, inconsciemment, vous le vouliez. En fait, je me suis trompé, le temps n’est pas le scepticisme. Toute la question est une question de lutte entre le corps et l’esprit. C’est comme Einstein parlant des hommes marchant en rang et chantant, ces hommes n’ont pas à avoir un cerveau, une moelle épinière leur suffit. Le conflit entre le corps et l’esprit, c’est le passage des commandes au cerveau. L’usurpation par le cerveau des droits de la moelle épinière. La fin de la logique, la fin de la rationalité acceptée de tous. Sinon remettons ce conflit dans l’image que nous étions en train de décrire, on pourrait la mettre comme suivant. La première situation se place donc dans votre lit à 4h du matin disons. Vous ne dormez pas, car inconsciemment vous ne le voulez pas. En apparence, le corps et l’esprit sont d’accord. Mais inconsciemment, vous ne le voulez pas. Lui, ne veut pas dormir. Dans la seconde situation, vous êtes en cours ou en conférence. L’ennui et la fatigue vous guettent. Le corps fait semblant de résister au début, l’esprit est catégorique il faut rester éveillé. Le « Lui » va donc intervenir. Le « Lui » va faire en sorte que le conflit va s’installer entre le corps et l’esprit et votre tête va tomber en avant. Le « Lui » c’est la contradiction par excellence. Le « Lui » c’est le fantasme, c’est l’interdit de l’esprit rationnel, c’est la révolte perpétuelle. Le « Lui » sape les valeurs et les principes. Il lutte avec l’esprit rationnel. L’esprit rationnel pense qu’il n’est pas acceptable de s’en dormir pendant une conférence. L’esprit se base sur des principes et des valeurs ancrés dans sa propre base. Le « Lui » est la mèche rebelle de l’esprit. C’est la concrétisation de l’opposé de ce que l’esprit rationnel souhaiterait. Toute sa beauté réside dans sa révolte permanente. Sa modernité inexorable. L’expression du « Lui » se trouve dans la révolution, dans l’art, dans l’excentricité, dans la trahison, dans l’interdit, dans le charnel, dans le passionnel et dans l’intemporel. Le « Lui » et l’intemporel sont étroitement liés. J’en reviens donc au temps. Le « Lui » est pour moi le libérateur du temps, la voie vers l’insouciance. Les artistes ont généralement un égocentrisme orgasmique. Une espèce de trou noir aspirant un ego incommensurable. C’est pour cela qu’ils craignent le temps. Le temps dévalue tout. Le mythe se crée par l’arrêt du temps. Ils ont donc un besoin insatiable de « tuer » le temps. L’artiste qui parvient à vivre avec le temps meurt. Je prends toujours l’exemple de Jimi Hendrix ou de Kurt Cobain. Ces artistes sont devenus des mythes, car dans leur vivant ils ont tué le temps, et avec leurs morts ils se sont immortalisés, ils ont réussi à vivre dans le temps. Dans l’autre sens, considérons Robert Plant, chanteur du groupe mythique Led Zeppelin. Après avoir atteint son apothéose, il ne lui resta plus qu’à tomber, car le temps c’est la chute inéluctable. Il devient un chanteur banal aujourd’hui entouré d’une auréole de souvenir, sa seule bouée de sauvetage. Un Bob Marley âgé de 60 ans et pesant 90 kilos serait un cauchemar. Comment ces gens-là ont-il appris à entrer dans l’intemporel, de passer du moi au « Lui ». Tout d’abord, la musique. L’art généralement, la musique particulièrement, sont une de ces passerelles qui vous font passer de l’autre côté du fleuve. Du côté ou le temps ne passe plus. En fait, quand j’y pense, il est logique de constater que toutes ces « passerelles » sont des interdits du « moi ». Car le moi, c’est par excellence l’ordre établi, le conservatisme, les valeurs. Le « moi » cherchera toujours à condamner son rival antagoniste, le « Lui ». Le « moi », doucement et insidieusement, va s’approprier certaines éléments révolutionnaires du « Lui » pour réussir à garder son charme et son attrait (l’antagonisme musique classique et black métal par exemple). Le « moi » est normatif. Le « moi » c’est le droit commun aussi. C’est le politiquement correct admis de tous. C’est la société. Il est donc logique (ah que je hais la logique !) que les expressions du « Lui » ne soient pas bien vues de la collectivité. La musique, la drogue, l’alcool, le sexe. La société aime le temps, car elle doit maximiser son profit, et pour le maximiser il faut que la journée, entité totalement temporalisée, soit « remplie ». Tout ce que j’ai cité est une passerelle vers l’intemporel et donc gêne la maximisation. La maximisation me gêne.

 

Tuer le temps... Y'a t-il quelque chose de plus beau ? J'aime m'asseoir dans un grand fauteuil confortable, écouter Satie ou Chopin, boire, fumer et m'oublier. Sourire, pleurer, fixer l'autre bout de la chambre. Passer ainsi des heures. Pourquoi ? Le temps, l'heure, le « il me reste 5 minutes »; « il ne faut pas que je tarde ». Ces phrases sont répugnantes. Ces phrases me tuent lentement. Or si je voulais mourir, autant se tuer. Mais c’est cela la vie, il doit y’avoir des morts pour avoir des vivants. Moi, j’aime le temps mort. J’aime tuer le temps. J’aime m’oublier et les oublier. Passer des heures… Non pas des heures. S’oublier dans les bras d’une fille. Dormir. Se réveiller. Perdre la notion du temps. Les baisers et les caresses sont le bras de l’intemporel. Regarder sa montre en faisant l’amour ? Cela mérite la peine de mort. Y’a-t-il plus honteux ? Non. Pleurer. Pleurer seul. Regarder le soleil se lever. L’instant où le frisson parcourt tout le corps. La volupté. Les larmes. Encore oui. Les larmes sont tellement belles. Une fille qui pleure un départ. Une grand-mère qui oublie ses petits-enfants. Les larmes des petits-enfants. J’aime mordre dans les glaces aux fraises faites maison. Laissez moi pleurer en paix. Je ne pense pas qu’il y ait pire qu’une fille qui essaie de m’empêcher de pleurer. Regarde-t-on l’heure quand on pleure ?


 

bouquinistes

 

 

Posté par artsdetaire à 13:42 - Commentaires [0] - Permalien [#]


Commentaires sur Le Temps

Nouveau commentaire